mardi 27 mai 2008

Dieu est un cochon fluo (2)

"Ce n'est quand même pas croyable ! Sa connerie finira par le rattraper et nous foutre tous dans la merde, je l'ai toujours dit."

Celui qui s'exprimait ainsi se tenait face à une baie vitrée qui offrait une vue imprenable sur la vallée de Santa Monica qui s'étendait au pied de sa "tour de Babel". Le petit homme vêtu de blanc tentait en vain d'exprimer la colère sur son visage mais les nombreuses injections sous-cutanées de toxines botuliques et autres collagènes avaient bloquées toutes ses rides d'expression.

"Le monde entier nous fait confiance, des gouvernements reconnaissent notre statut de culte et il faut que notre plus célèbre adepte se prenne pour le messie en direct au risque de tout foutre en l'air. On aura l'air malin si il continue à débiner toutes les conneries dont on se sert pour lui bourrer le crâne !"

Son assistante, une jolie blonde dans la trentaine, replaça le curseur au début de l'enregistrement vidéo et s'apprêtait à repasser l'extrait qui avait causé la colère du guide spirituel lorsqu'une fenêtre « Skytalk » s'ouvrit à l'écran.

"Monsieur Mascegie, Tom est en ligne..."

"Dites lui d'aller se faire curer le cul pour voir si des tétans ne l'ont pas parasités !"

Liz savait que le guide ne pouvait pas s'exprimer de cette manière face à qui-que ce soit. Surtout Tom. Elle attendit donc quelques secondes que le silence se fasse dans la pièce et masqua son visage d'un sourire avant d'accepter la communication.

" Salut Tom ! Mark n'est pas disponible pour l'instant, nous gérons une important question idéologique, essaie de venir au QG au plus vite!"

" Je m'en doutais, Liz. C'est très urgent. Dis à Mark que j'ai vu les premiers signes... ils se manifestent partout depuis mon passage au « Late show » hier soir et ce matin j'ai appris une nouvelle incroyable, il faut absolument que je vous voie tout de suite !"

Mascegie vint se placer devant la webcam, il faisait manifestement un grand effort pour contenir sa colère même si il était impossible de la lire sur son visage.

"Hey Tom... comment va boy ? Qu’est ce que tu me raconte là ? ... Comment peux-tu être sur ? Tu connais comme moi les 11 éléments annonciateurs de la libération des âmes, nous ne pouvons annoncer ce genre de choses au monde sans un minimum de certitude... j'ai été déçu de ton comportement lors de l’enregistrement de l’émission d’O'Brian, qu’est ce qui t’a pris ? C’est son équipe de sale communistes qui t’a manipulée ?"

" Mais je n'ai dit que la vérité, Mark... au contraire, ce présentateur est un type bien, il a compris la sagesse qui était en moi, il savait que je n'étais pas un illuminé ou un charlatan. C'était l'occasion rêvée et surtout il était plus que temps pour moi de prendre la parole en notre nom à tous et de partager ce que j'avais appris au reste du monde. Depuis que j'ai quitté le plateau, tout est devenu plus clair : je sais maintenant où la mutation de nos corps imparfaits d'humains va commencer."

Elizabeth Perkins et son directeur se lançaient des regards ronds, ils savaient tous deux que tout ça n'étaient que mauvais présage... Et si Tom avait définitivement perdu la boule ? Il fallait arrêter ça de suite.

"Ok, Tom, si tel est le cas je veux te voir, viens à la tour immédiatement."

"Je ne peux pas."

" Comment ça, tu ne peux pas ? On t'envoie un hélico tout de suite si tu veux."

" Je ne suis plus à Los Angeles, je suis déjà parti."

Mark sortit quelques secondes du champ de la caméra pour donner un ordre du bras (qu'il dut recommencer deux fois car Liz n'avait pas compris) afin qu'elle localise l'appel pour le ramener au plus vite en "sécurité".

"Ok champion mais où es-tu ? tu veux que l'on vienne te donner un coup de main ?"

"Je suis à JFK, je vais m'envoler pour Moscou, il faudra faire partir la mission de là bas... il nous faudra un maximum d'adeptes...tu comprends pour la matière première au grand départ. Est-ce que nos scientistes ont terminé le prototype du GK5000 ?"

Mascegie n'en croyait plus ses oreilles, il en avait presque oublié que c'était lui qui montait Tom depuis des années avec ces histoires en lui dévoilant petit à petit de "nouveaux secrets" sans queue ni tête qu'il tirait de ses stupides bouquins de science-fiction de série Z qu'il lisait étant enfant. Il avait réduit Tom à la fonction de disciple docile et célèbre, d'une religion sans foi ni loi, sans point de départ ni de fin. Une religion basée sur le secret et l'unicité (la carotte); le mensonge et la menace (le bâton).

"On arrive tout de suite, Tom. Mais surtout ne fais rien sans nous !"

"Ok mais soyez sans crainte... l'âme de Ron L. Bobbard et de tous les Xénian de la galaxie est en moi."

Mark Mascegie leva les yeux au ciel et cliqua sur le téléphone rouge.

lundi 19 mai 2008

Dieu est un cochon fluo (1)

La pluie tombait avec ardeur sur les cochons fluorescents de Monsieur Ling. Ceux-ci pataugeaient et se roulaient dans la boue avec le plaisir d'un roi fainéant tandis que leur propriétaire gesticulait pour tenter de les faire rentrer dans l'enclos qui leur était consacré à l'arrière du "laboratoire".

Jack Runciter observait la scène à distance. Il était assis sur un tabouret en plastique devant le container préfabriqué qui lui servait de bureau, de chambre d'hôtel, de cuisine et de salle de bain. Le seul truc en dur que l'on puisse trouver à des milliers de kilomètres à la ronde. Cela faisait 4 jours qu'on l'avait largué en plein champ, en provenance direct de Londres. 9 heures de vol jusque Beijing puis le convoi routier qui roule sans interruption durant trois jours pour arriver au milieu de nulle part. Tout cela pour observer des cochons luminescents.

Il était déjà à maintes reprises parti en mission à l'étranger pour la société mais s'il n'avait été si déprimé, il n'aurait probablement pas accepté celle-ci. Tous les autres chercheurs l'avaient d'ailleurs tous refusée avant lui. Ce qui n'était pas étrange car normalement, les déplacements à l'étranger chez MD genetics sont souvent prétextes aux excès et à la luxure. Les scientifiques séjournent dans les plus grands hôtels et peuvent se faire payer les meilleurs restaurants et les meilleures dames de compagnies qu'ils soient à Djakarta, Bruxelles, Tokyo ou Sacramento. Mais cette fois-ci tout était différent. S'il avait du choisir un mot pour définir sa mission, il aurait sans aucun doute choisi le mot "burlesque".

Mr Ling revenait vers lui tenant dans sa main droite un vieux seau en fer et son pantalon de l'autre. Un de ces pantalons très simple en tissus comme portent quasiment tout les paysans chinois. Le reste de sa tenue était moins traditionnel, il avait une casquette des New York Knicks vissée sur la tête et l'on pouvait reconnaitre l’Oncle Picsou flanqué de ses inséparables neveux Riri, Fifi et Loulou sur le t-shirt trop grand et maculé de boue du fermier.

- "No rain, no water...no water, no food...too much rain, too much water... too much water, no food" lança t'il à l'intention de Jack qui n'était pas sur d'avoir saisi ce que voulait dire le vieil homme.

- "Yes, rain, lot of water...too much" lui répondit-il.

- "Pigs like the rain. Me, don't like. I prefer sun"

- "Me too" sourit Jack. Il était content que le bougre ait eu un minimum de notion d’Anglais pour pouvoir esquisser une discussion de temps en temps.

Les porcinets barbotaient toujours dans la boue et le faisait penser à Ben, son neveu qui avait passé tout l'été dernier dans la piscine gonflable qu'il avait installée dans le jardin de sa maison de Preston. Il serait stupéfait si il lui ramenait un de ces spécimens pensa t'il. Il s’imaginait déjà la scène, Ben continuant à s'amuser dans l'eau à la tombée de la nuit, éclairé par le seul reflet de la Lune et sa truie lumineuse de compagnie. Il commença à sourire mais il se dit qu'après tout, tout cela avait peu de sens... Ces cochons avaient peu de chances de se retrouver sur le marché des lampes de jardin et Ben était définitivement reparti avec sa mère en Australie.

C'est à la même époque que les autorités de la province de Gansu, en Chine, avaient prises contact avec MD genetics à Greenwich. Les dirigeants de MDG, et particulièrement le directeur des recherches Kevin Gallagher, n’avaient pas immédiatement pris leurs déclarations au sérieux. Ils prétendaient qu'une équipe de chercheur de l'université de Harbin, qui travaille sur les Organismes génétiquement modifiés, avait réussi à insérer une protéine fluorescente de méduses dans l’ADN d’embryons de cochons provenant d'un élevage du sud de la province de Gansu. Ils souhaitaient maintenant déposer et vendre une licence pour des porcs génétiquement modifiés aux différentes entreprises ayant trait aux animaux artificiels. Malgré leurs doutes, MDG étant une des entreprises pionnière en la matière des organismes vivants modifiés, ils ne souhaitaient en aucun cas laisser une opportunité de collaboration avec des experts orientaux à leurs concurrents. Il avait été décidé d’envoyer un de leurs meilleurs éléments sur place pour être en contact direct avec les chinois et surveiller de près ces spécimens, la découverte était trop belle pour laisser quoi que ce soit au hasard.

Le 14 Mars 2008, la truie inséminée avait donné naissance à une portée de 7 petits dont deux se révélèrent porteur des gênes modifiées. Le lendemain, Jack Runciter décollait de l’aéroport d’Heathrow. À son arrivée chez l’éleveur Ling le 17 au soir, il avait examiné les porcs, réalisé les premiers prélèvements et envoyé toutes les données recueillies à Londres. Il avait été surpris des résultats revenus quelques heures plus tard, il ne semblait y avoir ni supercherie ni manipulation, preuve que les scientifiques Chinois en savaient beaucoup plus sur les techniques de modifications de la carte génétique qu’ils ne voulaient le laisser paraitre.

Mais quelle utilité pouvait-on bien trouver à des cochons fluorescents ? C'était certes assez spectaculaire de les voir rejeter la lumière du soleil dans des teintes vert-jaune une fois la nuit venue mais "énergétiquement" et scientifiquement parlant cela restait une transformation mineure. Et on ne pouvait parler d'une réelle utilité pratique...

Mr Ling et sa femme non plus ne comprenaient pas non l'intérêt porté à leurs cochons. La veille, une équipe de la télévision nationale Chinoise était venue par hélicoptère effectuer un reportage en exclusivité. Le couple de paysan était très excité à l'idée de présenter "leurs bébés". Ils pensaient à leurs relations et à la famille disséminée dans toute la région découvrant simultanément leurs faces dans le poste de télévision, mais ils ne pouvaient en aucun cas s'imaginer le fait qu'un bon milliard de chinois allaient simultanément se partager les images de leurs cochons psychédéliques et encore moins penser aux satellites relayant tout autour du globe les signaux numériques provenant de leur lopin de terre perdu au milieu de la campagne cantonaise. Hors, qui peut imaginer les conséquences inattendues que nous réservent ces deux animaux...

jeudi 15 mai 2008

A crystal glass full of sugar

A crystal glass full of sugar
The weapon was her thighs
I was naked from the feet to the eye
But when she shot me in the dark
She only got the crystal glass

lundi 7 avril 2008

Je suis un voyeur

The reflection of the sun on the lens of a webcam
Travels through the night and hits my eyes
Instead of filling data tables,
I prefer...

Watching the shade of Deimos darkening the eye of a webcam
as the image travels through time and as I watch it live
There is no window in my office so
Instead of filling data tables,
I prefer keeping an eye on Mars.

mercredi 19 mars 2008

Nouvelle Star

Il faisait beau quand je suis sorti de chez moi ce matin. Vraiment beau. Vous allez me dire, nous ne sommes plus qu'à quelques jours du printemps, quoi de plus normal que de retrouver des matins aux reflets dorés. Ce qui était un peu plus anormal c'est qu’alors que je sortais mes lunettes de soleil Aviateur (« ringardement tendance »), des grêlons de tailles diverses se mirent à tomber. Certes, quelques nuages étaient perchés assez haut dans le ciel mais je me parvenais difficilement à m'expliquer la différence de température qu'il pouvait y avoir entre la masse d'air que je fréquentais et celle qui fonctionnait comme un réfrigérateur quelques centaines de mètres au dessus de ma tête. Anyway, chaque jour nous apporte son nouveau lot de curiosités naturelles. Cela fait bien évidemment des années que l'on nous l'annonce mais depuis un an, tout semble s'être vraiment accéléré. On a vu d'étranges fleurs émerger de nos parterres et des insectes aux proportions romanesques sont apparus dans les airs. Il en va de même pour les centaines de perruches et autres oiseaux exotiques qui semblent s'être définitivement installés dans certains parcs de la capitale. Les regards ont quand même un peu de mal à s'habituer aux pelages multi-colorés qui voltigent des chênes aux érables et viennent côtoyer les pigeons sur les statues verdies par un siècle de pluies acides.

Quand je suis arrivé au bureau, la grêle avait cessé: la lumière blanche des néons de l'open-space du dernier étage était rehaussée par les rayons jaunes de l'astre qui se glissaient entre les stores vénitiens. J'eus envie un instant d'enlever mes vêtements et partir courir dans cette nature en mutation. Certaines personnes souriaient, peut-être avaient elles lu dans mes pensées ? Je me fraie un chemin dans le dédale de moquettes et de cloisons modulables jusque ma station de travail. J'allume l'instrument de torture. La dalle lumineuse s'éclaire de 65536 couleurs. Il n'y en a pas une qui me plait vraiment.

Comme tous les matins, j'ai besoin non pas d'un café mais d'information. Ça tombe bien, depuis 10 ans, elle a envahi nos espaces privés et communs. Elle est maintenant omniprésente et disponible à chaque instant. Sur le mur de fond de la salle de réunion, posée négligemment sur une chaise, dans la poche de la grande brune aux jambes interminables qui me regarde, dans l'avion qui passe au dessus de votre tête en ce moment précis ou encore dans l'ordinateur portable posé sur le bord du lit dans lequel vous vous reproduisez... le monde entier fait quelques nanomètres et se passe le message via des boites de conserve en orbite. Je suis accro. L'information immédiate est ma religion. Elle est si immédiate que j'ai parfois la désagréable impression qu'elle précède l'événement. Un problème de décalage horaire sans doute.

Les os de mon index se contractent et font rouler la boule de caoutchouc qui fait défiler les caractères. Tous pareils mais tous assemblés différemment. Aucune information ne peut normalement venir troubler le flux continu de l’actualité mondiale. Aucune. Sauf celle que je viens de lire et dont je ne peux détourner le regard...

Hier, un homme est mort. A des milliers de kilomètres d'ici. D'une longue maladie. Je lis l'information à 9h37 ce matin. Pourtant les "fils-info" de tous les sites journalistiques du monde entier annonçaient la nouvelle dans un communiqué laconique hier soir aux alentours de 23h44. Mais tous les écrans étaient éteints chez moi.

Hier soir à minuit moins seize, je ne dormais pas encore. Je lisais Arthur C. Clarke. Non pas sur un écran tactile, ni sous-titré dans un documentaire scientifique projeté en 65536 couleurs mais bien dans un livre. Pas un e-book, un vieux "J'ai lu" jauni des années soixante-dix. Et je souriais. Clarke me racontait l’histoire d’une belle-mère acariâtre et d’une Orchidée tueuse géante. Métaphore. Ses nouvelles sont toujours dotée d’un humour élégant, contiennent peu d’informations mais sont bourrées de sens.

C’est lui qui a eu cette idée visionnaire d’envoyer des émetteurs-récepteurs dans l’espace pour permettre aux humains de communiquer instantanément entre eux. Il a ensuite imaginé un réseau de machines reliées entre elles et des terminaux où chaque individu pourrait se connecter, s’identifier et rassembler des informations pour lui et pour ses pairs. Un beau projet d’hyper-communication, farfelu pour l’époque, n’intéressant que militaires et scientifiques. Mais moins de dix ans après ses divagations théoriques, le premier satellite de communication gravitait déjà au dessus de nos têtes et cinq ans plus tard le premier réseau informatique mondial était en place…

Maintenant posons nous la question... Si le tissu des relations humaines dans lequel nous vivons a découlé de l'imagination fertile d'un scientifique de génie... Arriverons-nous à garder un quelconque sens, maintenant que plus personne ne peut nous dire comment on en est arrivés là ? Quel était l’objectif de départ ?

Militaire ? Humaniste ? Scientifique ? Philosophique ? Impossible de le savoir en regardant mon écran 65536 couleurs. Heureusement, il nous reste les livres aux pages jaunies pour peut-être nous éclairer…


"Before you become too entranced with gorgeous gadgets and mesmerizing video displays, let me remind you that information is not knowledge, knowledge is not wisdom, and wisdom is not foresight. Each grows out of the other, and we need them all.

Arthur C.Clarke (1917 - 2008)

mardi 18 mars 2008

Titre de blog #2

The best way not to show that you are crying is to put your head underwater.

mercredi 12 mars 2008

Titre de blog #1

La vérité sort de la bouche des machines