vendredi 19 décembre 2008

Peinture à l’eau

Pour retourner le dos,
courbe d'espoir drapé
et expirer des mots
déchiré puis saupoudré
d'éclats de fard noir;

Prendre les mains
et peindre les yeux
de courage et de flammes,
sans aller, s'en aller
vers le troisième refrain,
sceller d'un baiser
la mélodie du matin.

Se retourner et laisser couler
l'eau chaude sur les pieds
et courber le corps
aspiré puis sublimé
d'éclats de toi;

Puis regarder respirer
les corps immergés
Et laisser s'égarer
les rêves des jeunes filles fatiguées.

Où sur la montagne, loin du rivage
Elles dansent et trouvent un repos sage.

mercredi 12 novembre 2008

À ceux qui n'existent plus

Déjà treize matins que, dans la brume du réveil, elle se rappelle que tout est fini entre eux. Treize matins et treize soirs où il se vide d’elle et elle se vide de lui.

Aujourd’hui, elle avait du mettre deux fois plus d'énergie à se lever. Elle s'était préparée encore plus vite et avait filé prendre le métro pour le bureau. Lui était resté allongé, corps immobile au milieu des draps froissés, une bonne partie de la matinée.

A cet instant de l’après-midi, elle avait envie de ne plus être elle-même mais elle faisait mine de rien. Assise à l'extrémité de la grande table en verre de la salle à manger, elle écrivait un courrier à sa banque. Lui restait impassible, les yeux fixés sur la course de voiture à laquelle il prenait part sur l'écran plat géant qu'ils avaient acheté ensemble et pas encore finis de payer. En tête de la course jusqu'à un dernier virage mal négocié, le voici qu'il se fait doubler par 3 concurrents avant la ligne d'arrivée. Sans réaction. D'habitude il aurait bondit hors du canapé, lâché des injures à la ronde pour évacuer la tension et justifier sa défaite. Au contraire, il se lève lentement pour éteindre la console de jeux et se rassois face à l'écran noir. Levant furtivement ses longs cils de temps à autres, elle l'observe, ne sachant plus comment réagir face à cet homme qu'elle découvre sous un jour nouveau à chaque fois que, petit à petit, elle s'éloigne de lui.

Etait-ce elle qui influait sur son comportement lorsqu'ils étaient si proches l'un de l'autre ? Maintenant qu'elle faisait semblant de ne plus s'intéresser à lui, ne retrouvait-il pas peu à peu une sorte d'équilibre ?

Elle se leva, alluma une cigarette et vint s'asseoir à coté de lui. Il ne bougeait pas et fixait toujours l'écran noir.
" Je crois que j'ai perdu" soupira t'il.
Elle sourit.
" On ne peut pas toujours gagner..."
Son visage, auparavant détendu, se crispa à l'idée d'accepter sa défaite. Il pensa à celui qu’il avait été toutes ces années durant et il lui semblait que maintenant il commençait à devenir quelqu’un d’autre. Il n'avait jamais été aussi impliqué dans les tâches ménagères que depuis leur séparation. Il n’avait jamais autant pensé à ses gestes ridicules qui égrenaient leur quotidien, à ses perversions projetées sur sa compagne sans chercher à la protéger, … Tous ces errements défilaient dans sa tête, il n’y avait qu’un moyen pour les digérer. Il savait qu’il était temps de passer à autre chose. Au risque de se noyer.

Mais elle, une fois de plus, n'était plus sûre d'elle. Comment abandonner définitivement cette image qu'elle avait de son homme, cette image à la fois douce et violente qui s'efface petit à petit. Elle voudrait lutter contre l'estompement des couleurs, la lente perte du gout des souvenirs. Elle y brule toute son énergie, elle sait que c'est en vain… mais elle doit le faire.

Elle ne posa pas sa main sur la sienne comme elle avait commencé à le faire, elle se leva et retourna s’asseoir à l’extrémité de la table en verre.

jeudi 6 novembre 2008

lundi 6 octobre 2008

Everytime

Quand invariablement
dans une variante en lettre x
je pense à nos corps perspirants,
brûlent le soleil et ton étoile,
brûlent mes ailes et se dressent les voiles.

Quand invariablement,
dans une variante en lettre y
je pense à nos âmes en cavale,
s'embrasent les rideaux et nos larmes,
et s'envole prés du ciel ce joli drame.

lundi 11 août 2008

We like to stay

J'ai construit un château de feu
Sur un rivage incertain
Où nos souffles courts interrompent
les mouvements lents de nos reins
Mais comment ne pas céder à l'appel de la lune ?
À voir les étendues de glaces
fondre à la chaleur de nos âmes
je déverse un torrent de larmes
dans la vallée de tes seins

mercredi 11 juin 2008

Perte de substance

"J'ai construit un château de sable
sur une colline défendue
Où jamais je n'aurais du
me perdre et me retrouver nu
Mais comment résister à l'attraction divine ?
d'une étoile sur laquelle se devine
les mouvements des nuages
dans des plaisirs immobiles"

mardi 27 mai 2008

Dieu est un cochon fluo (2)

"Ce n'est quand même pas croyable ! Sa connerie finira par le rattraper et nous foutre tous dans la merde, je l'ai toujours dit."

Celui qui s'exprimait ainsi se tenait face à une baie vitrée qui offrait une vue imprenable sur la vallée de Santa Monica qui s'étendait au pied de sa "tour de Babel". Le petit homme vêtu de blanc tentait en vain d'exprimer la colère sur son visage mais les nombreuses injections sous-cutanées de toxines botuliques et autres collagènes avaient bloquées toutes ses rides d'expression.

"Le monde entier nous fait confiance, des gouvernements reconnaissent notre statut de culte et il faut que notre plus célèbre adepte se prenne pour le messie en direct au risque de tout foutre en l'air. On aura l'air malin si il continue à débiner toutes les conneries dont on se sert pour lui bourrer le crâne !"

Son assistante, une jolie blonde dans la trentaine, replaça le curseur au début de l'enregistrement vidéo et s'apprêtait à repasser l'extrait qui avait causé la colère du guide spirituel lorsqu'une fenêtre « Skytalk » s'ouvrit à l'écran.

"Monsieur Mascegie, Tom est en ligne..."

"Dites lui d'aller se faire curer le cul pour voir si des tétans ne l'ont pas parasités !"

Liz savait que le guide ne pouvait pas s'exprimer de cette manière face à qui-que ce soit. Surtout Tom. Elle attendit donc quelques secondes que le silence se fasse dans la pièce et masqua son visage d'un sourire avant d'accepter la communication.

" Salut Tom ! Mark n'est pas disponible pour l'instant, nous gérons une important question idéologique, essaie de venir au QG au plus vite!"

" Je m'en doutais, Liz. C'est très urgent. Dis à Mark que j'ai vu les premiers signes... ils se manifestent partout depuis mon passage au « Late show » hier soir et ce matin j'ai appris une nouvelle incroyable, il faut absolument que je vous voie tout de suite !"

Mascegie vint se placer devant la webcam, il faisait manifestement un grand effort pour contenir sa colère même si il était impossible de la lire sur son visage.

"Hey Tom... comment va boy ? Qu’est ce que tu me raconte là ? ... Comment peux-tu être sur ? Tu connais comme moi les 11 éléments annonciateurs de la libération des âmes, nous ne pouvons annoncer ce genre de choses au monde sans un minimum de certitude... j'ai été déçu de ton comportement lors de l’enregistrement de l’émission d’O'Brian, qu’est ce qui t’a pris ? C’est son équipe de sale communistes qui t’a manipulée ?"

" Mais je n'ai dit que la vérité, Mark... au contraire, ce présentateur est un type bien, il a compris la sagesse qui était en moi, il savait que je n'étais pas un illuminé ou un charlatan. C'était l'occasion rêvée et surtout il était plus que temps pour moi de prendre la parole en notre nom à tous et de partager ce que j'avais appris au reste du monde. Depuis que j'ai quitté le plateau, tout est devenu plus clair : je sais maintenant où la mutation de nos corps imparfaits d'humains va commencer."

Elizabeth Perkins et son directeur se lançaient des regards ronds, ils savaient tous deux que tout ça n'étaient que mauvais présage... Et si Tom avait définitivement perdu la boule ? Il fallait arrêter ça de suite.

"Ok, Tom, si tel est le cas je veux te voir, viens à la tour immédiatement."

"Je ne peux pas."

" Comment ça, tu ne peux pas ? On t'envoie un hélico tout de suite si tu veux."

" Je ne suis plus à Los Angeles, je suis déjà parti."

Mark sortit quelques secondes du champ de la caméra pour donner un ordre du bras (qu'il dut recommencer deux fois car Liz n'avait pas compris) afin qu'elle localise l'appel pour le ramener au plus vite en "sécurité".

"Ok champion mais où es-tu ? tu veux que l'on vienne te donner un coup de main ?"

"Je suis à JFK, je vais m'envoler pour Moscou, il faudra faire partir la mission de là bas... il nous faudra un maximum d'adeptes...tu comprends pour la matière première au grand départ. Est-ce que nos scientistes ont terminé le prototype du GK5000 ?"

Mascegie n'en croyait plus ses oreilles, il en avait presque oublié que c'était lui qui montait Tom depuis des années avec ces histoires en lui dévoilant petit à petit de "nouveaux secrets" sans queue ni tête qu'il tirait de ses stupides bouquins de science-fiction de série Z qu'il lisait étant enfant. Il avait réduit Tom à la fonction de disciple docile et célèbre, d'une religion sans foi ni loi, sans point de départ ni de fin. Une religion basée sur le secret et l'unicité (la carotte); le mensonge et la menace (le bâton).

"On arrive tout de suite, Tom. Mais surtout ne fais rien sans nous !"

"Ok mais soyez sans crainte... l'âme de Ron L. Bobbard et de tous les Xénian de la galaxie est en moi."

Mark Mascegie leva les yeux au ciel et cliqua sur le téléphone rouge.